[Septembre 2010 ]
Interview croisée de JC Bocquet et Denis Tardit : Inscrire notre action dans la durée
Le Grenelle de l’environnement, la loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche, la réforme de la PAC... Autant d’initiatives qui mettent l’agriculture et très souvent le secteur de la protection des plantes au coeur des débats sociétaux. Rencontre avec Denis Tardit, président, et Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’UIPP, pour faire le point sur l’année écoulée.
L’année 2009 a été particulièrement difficile pour le secteur agricole…
Jean-Charles Bocquet : C’est peu de le dire ! Le secteur agricole doit faire face à de nombreux enjeux pour l’avenir et est confronté au même moment à une forte crise économique. L’excédent de la balance commerciale du secteur agroalimentaire a en effet chuté de 40 % en 2009 alors que dans le même temps, le revenu des chefs d’exploitations agricoles, toutes productions confondues, baissait de 32 %.
Quels sont les dossiers qui ont plus particulièrement mobilisé l’organisation professionnelle durant la période écoulée ?
J-C.B. : Au quotidien, nous focalisons nos ressources et activités sur le domaine réglementaire, la promotion des bonnes pratiques et la communication. Mais la négociation du nouveau cadre réglementaire, au niveau européen à l’automne 2009, les lois Grenelle, dont le Grenelle II en cours de finalisation, et les travaux relatifs au plan Écophyto 2018 constituent des enjeux majeurs pour notre profession.
Denis Tardit : Dans ce contexte, nous avons aussi beaucoup travaillé collectivement afin d’adapter la gouvernance et les modes de fonctionnement de l’UIPP aux nouveaux enjeux. Cela était nécessaire pour répondre aux sollicitations toujours plus nombreuses et faire en sorte que notre industrie puisse valoriser les démarches de progrès réalisées pour les produits et les pratiques dans le domaine de l’environnement et de la santé. Nous devons, j’en suis convaincu, inscrire toutes ces actions dans la durée car elles contribuent à la compétitivité de notre agriculture.
La négociation du nouveau cadre réglementaire européen pour les produits phytopharmaceutiques, dit « paquet phyto », a été l’un des temps forts de l’année écoulée.
J-C.B. : Tout à fait. Plus particulièrement, le règlement 1107/2009/CE, relatif à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, qui est d’une importance cruciale pour notre secteur. Il va en effet déterminer la disponibilité des produits pour la protection des productions végétales. Dans ce cadre, si les principes de reconnaissance mutuelle des spécialités entre États membres et l’harmonisation des procédures constituent des avancées possibles, l’application des critères d’exclusion basés sur les dangers potentiels, notamment pour les perturbateurs endocriniens, va éliminer de nombreuses solutions ! En parallèle, la directive 128/2009/CE, instaurant un périmètre d’action communautaire pour parvenir à un emploi des produits phytopharmaceutiques compatible avec le développement durable, est une opportunité pour un meilleur encadrement des utilisations. Cela devrait permettre de préserver les solutions disponibles tout en respectant la santé et l’environnement. Il est donc nécessaire, au niveau national, que les actions du Gouvernement s’appuient sur ces dispositions européennes, afin d’éviter les distorsions de concurrence.
D.T. : Ceci est en effet très important et l’UIPP accueille positivement les initiatives du ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche : le grand débat sur l’avenir de l’agriculture, les travaux dans le cadre des enjeux du sanitaire et le projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche. La participation de tous les acteurs à ces chantiers, dans une « configuration Grenelle », devrait permettre de concilier les enjeux : modernisation du secteur agricole, compétitivité des acteurs économiques et attentes sociétales. Avec pour objectif, in fine, de rapprocher agriculture et écologie dans une dynamique fondée sur la responsabilité et le progrès.
Les démarches de progrès dont vous parlez sont-elles bien connues du grand public ?
J-C.B. : Pour notre secteur d’activité, le progrès est étroitement lié à l’innovation et à toutes les démarches visant à l’accompagnement des différents modes de protection des cultures. Ces démarches de progrès, en place depuis de nombreuses années, n’ont peut-être pas été suffisamment communiquées et partagées avec les citoyens !
D.T. : C’est la raison pour laquelle nous devons remettre l’agronomie, les sciences du vivant et aussi les sciences sociales au cœur de l’activité agricole. Le propos n’est plus d’opposer les méthodes de protection des cultures, mais bien de proposer, au cas par cas, en fonction des situations, des conditions environnementales et climatologiques LA solution la mieux adaptée, qu’elle soit de synthèse, génétique ou naturelle. Nous agissons en ayant toujours à l’esprit de concilier productivité, qualité et diminution des impacts sanitaires et environnementaux.
J-C.B. : C’est bien le challenge collectif posé par le plan Écophyto 2018. La mise en œuvre des 105 actions prévues est en marche, que ce soit au niveau national ou au niveau régional. Les conclusions d’Écophyto R&D ont montré que la réduction de 50 % des utilisations de produits phytopharmaceutiques n’était pas possible sans une refonte totale des systèmes de production... Ces systèmes – marchés, cultures, filières – restent à inventer et nous devons donc, à moyen terme, favoriser la mise en place d’indicateurs d’impact (santé, environnement, socio-économique) qui permettront de mesurer les progrès accomplis par l’agriculture française.
Vous vous êtes beaucoup impliqué sur tous ces dossiers, à la présidence de l’UIPP. Durant les quatre années de votre mandat, les produits phytopharmaceutiques n’ont pas cessé d’occuper le devant de l’actualité. Quel message souhaitez-vous transmettre à votre successeur ?
D.T. : Tout d’abord, il me semble important de poursuivre les démarches de progrès de manière collective, au sein d’une organisation professionnelle responsable, et en dialogue avec toutes les parties prenantes. Ces démarches commencent à porter leurs fruits. Cela permettra une meilleure reconnaissance de l’utilité des produits, non seulement par la filière agroalimentaire, mais aussi par les consommateurs. Ensuite, accélérer les actions dans le domaine de la prévention des risques liés à l’utilisation de nos produits est tout aussi stratégique, en combinant actions pratiques sur le terrain (formation, bonnes pratiques et équipements de protection) et communication sur les bons gestes. Enfin, chaque jour, encourager les femmes et les hommes du secteur de la protection des plantes à informer et dialoguer, avec passion, sur la contribution des produits phytopharmaceutiques au développement d’une agriculture durable.